Enseigner l'anglais en Corée du Sud quand on est francophone
En bref — Le visa E-2, qui couvre l'enseignement de l'anglais en Corée, est réservé aux ressortissants de sept pays anglophones, dont la France ne fait pas partie. Pour enseigner sur place, un Français doit en pratique passer par une école internationale, l'enseignement supérieur ou un programme local, faute de visa de travail dédié.
La règle des sept pays : pourquoi un Français ne peut pas obtenir un visa E-2
Le visa E-2 (Conversation Instruction / instructeur de langue étrangère) est le sésame pour enseigner l'anglais dans une école publique, un hagwon (académie privée) ou dans le programme EPIK. Les autorités coréennes ne le délivrent qu'aux citoyens de sept pays considérés comme « anglophones de naissance » : États-Unis, Canada, Royaume-Uni, Irlande, Australie, Nouvelle-Zélande et Afrique du Sud. La nationalité française ne suffit pas, même avec un anglais courant ou un master MEEF d'anglais : le critère retenu est strictement la citoyenneté, et non le niveau linguistique.
Conséquence concrète : la voie « classique » décrite par les blogs anglo-saxons (postuler à EPIK ou à un hagwon depuis la France, décrocher un sponsor, atterrir à Séoul) n'existe tout simplement pas avec un passeport français.
Quelques exceptions à connaître :
- EPIK accepte également les ressortissants indiens depuis l'accord CEPA Corée–Inde, à condition d'un certificat d'enseignement de l'anglais valide.
- Le programme TaLK (Teach and Learn in Korea), souvent cité dans les anciens guides, a été clôturé en juillet 2021 et n'a pas été relancé.
Les voies réalistes pour un francophone
Quatre pistes restent ouvertes :
1. Les écoles internationales. C'est l'option la plus citée. Les établissements de Séoul (Seoul Foreign School, Dwight School Seoul, Korea International School, Chadwick International, etc.) recrutent sur des profils de « teacher international », le plus souvent avec un visa E-7. Le marché attend une licence d'enseignement (teaching license), au moins deux à trois ans d'expérience en classe et, souvent, un master. Ici, la citoyenneté n'est plus l'obstacle : ce sont le diplôme et l'expérience qui font la différence.
2. Le Lycée français de Séoul. L'unique établissement homologué par l'Éducation nationale française dans le pays recrute sur contrat local de droit coréen, sans détachement possible pour les titulaires. La législation coréenne exige au minimum 2 ans d'expérience d'enseignement cumulée et attestée pour obtenir le visa de travail. Les postes ouverts concernent surtout l'enseignement en français, mais parfois aussi l'anglais comme langue vivante.
3. L'enseignement supérieur (visa E-1). Les universités peuvent recruter des enseignants-chercheurs ou professeurs invités, francophones inclus. Le visa E-1 ne s'embarrasse pas de la liste des sept pays : il repose sur la qualification (souvent un doctorat ou un solide parcours universitaire) et sur une offre formelle de l'université. C'est la voie classique pour enseigner le français ou des disciplines spécialisées, plus rarement l'anglais.
4. Le visa conjoint F-6. Marié(e) à un(e) ressortissant(e) coréen(ne), vous pouvez travailler librement, y compris comme professeur d'anglais dans un hagwon, sans dépendre de la liste E-2. Ce cas reste marginal, mais il existe bel et bien.
Diplômes, certifications et profil attendu
Quel que soit le canal, certains éléments reviennent partout :
- Licence (Bachelor) minimum, dans n'importe quelle discipline pour les programmes type EPIK, mais avec une cohérence pédagogique attendue pour les écoles internationales et le Lycée français.
- Certification TEFL ou TESOL de 100 à 120 heures : exigée en pratique par EPIK et la plupart des hagwons, fortement recommandée ailleurs.
- Casier judiciaire national apostillé, daté de moins de six mois.
- Diplôme apostillé (l'apostille de La Haye s'obtient en France auprès de la cour d'appel compétente).
- Master ou licence d'enseignement pour les écoles internationales et le Lycée français.
À noter : un cursus universitaire ou un long séjour dans un pays anglophone renforce considérablement un dossier, mais ne permet pas de contourner la règle de citoyenneté du E-2.
Salaires, contrats et conditions en 2026
Pour donner un ordre de grandeur :
- EPIK (écoles publiques) : de l'ordre de 2,1 à 3,0 millions de wons par mois (environ 1 500 à 2 100 €), selon la province, le niveau de qualification et l'expérience. Séoul est en haut de la grille. Le contrat standard est de 12 mois, renouvelable. Logement individuel meublé fourni ou indemnité, environ 18 jours de congés, prime d'installation, billet d'avion aller-retour, prime de fin de contrat équivalente à un mois de salaire.
- Hagwons : généralement 2,3 à 3,0 millions de wons par mois pour un premier contrat. Contrat de 12 mois, logement souvent inclus, environ 10 à 11 jours de congés (moins qu'à EPIK), horaires souvent décalés en fin de journée et en soirée. La qualité du contrat varie énormément d'un établissement à l'autre.
- Écoles internationales : grille très supérieure, fréquemment de 3,5 à 6 millions de wons par mois selon l'école, l'ancienneté et le poste, avec logement ou indemnité, billets, scolarité des enfants parfois prise en charge.
- Lycée français de Séoul : grille locale coréenne, sans les indemnités d'expatriation d'un détachement AEFE. Pour les ordres de grandeur précis, contactez le service recrutement.
Les chiffres varient d'un établissement à l'autre. À vérifier au moment de la signature du contrat.
Ce qu'il faut anticiper avant de se lancer
- La barrière du E-2 est infranchissable. Inutile d'espérer une dérogation au cas par cas : le système est binaire et se joue sur le passeport.
- Le marché des hagwons reste opaque. Lire le contrat en intégralité, vérifier les clauses sur le logement, les heures supplémentaires, la résiliation et la prime de fin de contrat (severance, légalement due après 12 mois).
- L'apostille et le casier judiciaire prennent du temps. Comptez plusieurs semaines, à anticiper avant la date de prise de poste.
- Le coût de la vie à Séoul a fortement augmenté ces dernières années : un salaire de hagwon couvre confortablement le quotidien lorsque le logement est fourni, beaucoup moins dans le cas contraire.
- L'enseignement en école internationale est compétitif. Les recrutements passent souvent par des salons (Search Associates, ISS, Schrole) et démarrent un an avant la rentrée.
Liens utiles
- EPIK — English Program in Korea — programme officiel, conditions et candidature
- HiKorea — portail officiel de l'immigration coréenne (visas E-1, E-2, E-7, F-6)
- Lycée français de Séoul — Recrutement — postes locaux, conditions et candidatures
- Ambassade de Corée en France — informations consulaires sur les visas
- Search Associates — plateforme de recrutement pour les écoles internationales